Echange sur la notion de travail avec les salariés de propulse

L’atelier de ce jour était surtout un moment d’échange entre un groupe de salariés de Propulse et moi-même, sur la notion de travail. Le groupe était constitué de 5 hommes âgés entre 46 et 52 ans. Ils étaient tous en France depuis moins de 10 ans, certain était dans le secteur nettoyage d’autres dans le bâtiment. La finalité de cette série d’ateliers est de mieux cerner les situations de travail qui procurent des sentiments d’injustice. A Propulse, comme dans beaucoup d’entreprises, les conflits entre salariés et entre salariés et directions sur ce sujet ne manquent pas… pour amorcer ce sujet je voulais avant tout mieux appréhender la représentation qu’ils ont du travail.

Je leur ai posé différentes questions en lien avec le travail: quel est pour vous le métier idéal? / Le pire métier ? ; Qu’attendez – vous avant tout d’un travail (le salaire, la reconnaissance, la pratique d’un savoir-faire (…)) ?  Quel est selon vous le comportement intolérable d’un collègue ? D’un supérieur ? / Quelle attitude appréciez- vous au travail? ; Quel salaire minimum êtes-vous prêt à accepter ? Quel est le salaire que vous souhaiterez ? ; Quel temps de travail êtes-vous prêt à supporter ? Sur quel rythme ? Qu’est- ce que vous êtes prêt à accepter / à ne pas accepter ; qu’est-ce qu’évoque pour vous le mot « travail »?

J’ai ainsi recueilli plusieurs informations sur leur manière de concevoir le travail. Pour beaucoup  le travail est un « empêcheur de tourner un rond »: il permet de « lutter contre l’ennui », de « canaliser son énergie »…. La vision du travail est plutôt positive: il nous stabilise, nous apporte une reconnaissance sociale, un salaire, la santé mais aussi une valorisation et une certaine « fierté ». Le métier idéal correspond à un métier accessible, qu’ils aiment et qu’ils ont choisi et dont ils possèdent la technique et les compétences (les métiers évoqués sont : électricien, peintre, tourneur fraiseur et plombier). Pour la plupart des salariés la durée de travail acceptable est de  35 heures par semaine, autrement « on finit par vivre pour travailler  plutôt que de travailler pour vivre ». Cependant dans la réalité plusieurs des salariés acceptent et  demandent des heures supplémentaires afin d’avoir un plus gros salaire. Beaucoup préfèrent les horaires décalés et les 2 / 8, qui permettent d’effectuer les démarches administratives. Par contre ils n’acceptent pas d’être prévenus à la dernière minute, que ce soit pour des heures supplémentaires, des changements de chantiers ou d’horaires.

Ils attendent du travail et de la direction une reconnaissance de leur mérite. Le travail qu’il leur ait fournit doit prendre en compte leurs compétences. Ils évoquent aussi à plusieurs reprisent le besoin d’avoir une fiche de poste précise.  Ce qu’ils ne supportent pas au travail c’est d’avoir l’impression d’être traité comme un pion, « un bouche trou ». Le fait que l’entreprise les considère comme un objet engendre chez eux un sentiment de frustration et cela leur renvoie non seulement à une impression de non reconnaissance mais aussi à l’impression que « c’est chacun pour sa gueule ». L’individualisme et le non respect des collègues et de la hiérarchie sont plusieurs fois montrés du doigt. Ils souhaitent plus de solidarité entre eux et leur chef hiérarchique et ont tendance à penser que « le chef sert plus ses propres intérêts que ceux de la boîte ».

Les métiers les moins appréciés  sont  ceux qui abîment la santé (peintre industriel) ou ceux où priment le respect aux ordres et à la hiérarchie. Pour beaucoup l’autonomie dans le travail, c’est à dire le fait d’être à un poste où ils peuvent s’organiser seul car ils maîtrisent les différentes taches est un principe essentiel. Cet autonomie permet d’avoir un sentiment de liberté, néanmoins c’est cette autonomie donnée à certain qui laisse penser à d’autres, en permanence encadrées, qu’ils en font plus que les autres.

Nous avons relevés des contradictions au sein même des revendications et des valeurs attribuées au travail. Ce premier atelier nous a permis à tous de commencer à produire du sens sur la notion de travail et commencer à relativiser les injustices que nous pensons vivre au travail.